DROITS DE L’HOMME:

Trois représentants  de l’ONG locale Parcem (Parole et action pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités) dans la province de Muramvya (centre du pays) ont été condamnés ce jeudi à dix ans de prison par le tribunal de grande instance de Muramvya. Incarcérés à la prison de Muramvya depuis huit mois, ils sont accusés d’« atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat ». Leur avocat compte interjeter l’appel. Parcem est l’une des  toutes dernières ONG indépendantes à opérer au Burundi.

C’est la première fois que la justice burundaise condamne des activistes de la société civile à une si lourde peine. C’était  ce jeudi  quand les responsables de Parcem ont été surpris d’apprendre que la sentence venait de tomber : «10 ans de prison fermes pour tous les trois». Le président de l’organisation, Faustin Ndikumana, confirme l’information. Il précise toutefois qu’ils n’en ont pas encore reçu la notification.  Le patron de Parcem déplore que l’audience se soit déroulée en l’absence des accusés et leur avocat. Qualifiant la sentence d’un «jugement de honte», l’avocat des militants, Joseph Niragira,  envisage  demander un nouveau procès.

En janvier dernier, le parquet avait requis des peines variant entre 20 et 23 ans contre les trois activistes  pour «atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat».

Retour sur le déroulé des faits

Le 13 juin 2017, Emmanuel Nshimirimana, représentant provincial de Parcem à Muramvya, Aimé Gatore, représentant de l’organisation dans la commune de Mbuye et Marius Nizigama qui la représente dans la zone de Buhangura, sont tous arrêtés, à Mbuye,  par les forces de l’ordre et les agents du service national de renseignements. Au moment de leur arrestation, ils organisaient un atelier de sensibilisation sur la « violation des droits de l’homme » et les « arrestations arbitraires » auquel devaient participer différents membres des partis politiques. Le document didactique  qu’ils allaient utiliser leur a attiré les foudres. D’après les agents de sécurité  au moment de l’arrestation,  le « document désigne seulement les opposants comme bénéficiaires de la formation et exclut les membres du CNDD-FDD ». Et les agents de conclure : « la formation vise à perturber la sécurité du pays ».

La chasse des activistes de la société civile double d’intensité

Deux autres militants des droits de l’homme  sont en prison depuis un bout de temps. Germain Rukuki, ancien trésorier de l’ACAT Burundi (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture au Burundi) et Nestor Nibitanga, ancien représentant de l’APRODH (Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues)  à Gitega, ont été appréhendés respectivement les 13 juillet et 21 novembre 2017. Toujours le même refrain,  « atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat », telle est la charge qui pèse sur eux, un crime passible d’une peine pouvant aller jusqu’à plus de 20 ans de prison. En tout, cinq activistes sont écroués. Et jamais n’avait-on atteint un tel record  dans l’histoire du Burundi. Rukuki sera transféré de Bujumbura à la prison de Ngozi, au nord du pays, deux semaines après son arrestation. Nibitanga est détenu à Rumonge (sud du pays). Des organisations internationales des droits de l’homme  et l’ONU exigent leur libération.

En octobre 2016, le ministère de l’intérieur avait rayé de la liste des Asbl cinq organisations de la société civile opposées au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. L’une des raisons, selon le ministère, l’ACAT, l’APRODH, le FORSC, le FOCEODE et le Réseau des citoyens probes, avaient continué à fonctionner clandestinement, malgré leur suspension onze mois plus tôt, au lieu de répondre à la justice burundaise. La suspension concernait dix organisations indépendantes dont PARCEM pour laquelle la mesure a fini par être  levée plus tard.

Le Burundi traverse une grave crise politico-sécuritaire depuis l’annonce du Président de briguer un troisième mandat en avril 2015. D’après les Nations unies, la crise déclenchée par la candidature a déjà emporté des centaines de vies humaines et poussé plus de 400 000 personnes à l’exil.

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