POLITIQUE:

Des bruits sur l’intention du pouvoir de Bujumbura de restaurer  la monarchie courent depuis un certain temps dans différents endroits du pays. Ils sont suscités par la multiplication des déclarations faites souvent de hautes autorités membres du parti dominant CNDD-FDD  dont le président de la République en faveur de la restauration des clans au Burundi. Les notions de clans et de monarchie étant liées selon des  historiens…

Le titre de « visionnaire » précédemment accordé au Président Nkurunziza par le comité central de son parti semble le confirmer. Certains y voient une façon d’annoncer indirectement le « règne d’un monarque » ou « règne à vie » du président actuel. D’autres  vont jusqu’à remplacer le mot « visionnaire » par « Guide suprême éternel » faisant référence à la façon dont l’annonce était formulée par le secrétaire général du CNDD-FDD juste après la réunion du comité central. « …ni imboneza yamaho, nta mugumyabanga n’umwe ashobora kumwigereranya…». «Imboneza» et «yamaho» peuvent se traduire respectivement comme «Visionnaire» et «Permanent». Un monarque est, de ce fait, un  chef d’une monarchie qui « règne seul dans un pays » (Dictionnaire Français Livio 3+). Alors que l’annonce  a été faite à un mois quelques jours avant la tenue du référendum constitutionnel prochain, elle est ainsi vue par l’opposition comme étant liée à la suppression de la limitation des mandats présidentiels  prévus dans la constitution de 2005, texte  émanant de l’accord d’Arusha.  Pour l’opposition, le titre de « Visionnaire » a aussi des liens avec les  prochaines élections.

Le secrétaire général du parti hégémonique, Evariste Ndayishimiye, qualifie les allégations de non fondées. Il  indique que son parti n’est pas encore au stade de désigner son candidat pour 2020. Et de préciser en plus que le titre n’a non plus rien à voir avec le  règne à vie du président. « Les membres du comité central ont seulement décidé de hausser le président  au rang de visionnaire en reconnaissance de ses immenses réalisations à la nation, la valeur de ses idées, ses enseignements et ses conseils au Bagumyabanga », a-t-il déclaré dans une conférence d’éclaircissement de sa première déclaration. Il a, toutefois, répété que les « Bagumyabanga » n’ont d’autre leader charismatique que Nkurunziza. « Aucun Mugumyabanga ne peut se comparer à lui ; le parti CNDD-FDD  marche sur ses idées ».

« Rétablir les clans pour déraciner les clivages ethniques »

Après diverses  annonces du président de la république appelant les Bagumyabanga à connaitre et redynamiser leurs clans,  c’est maintenant le tour du secrétaire général du CNDD-FDD. Selon Evariste Ndayishimiye, leur redynamisation permettrait  d’éradiquer les clivages ethniques (hutu, tutsi et twa) « introduits par les colons » et réconcilier les Burundais. « On a découvert  que pour nous diviser, le colonisateur a inventé  les ethnies qui en réalité n’existent pas au Burundi. Les gens d’ethnies  différentes  ne peuvent pas avoir une même langue. Or nous parlons  le Kirundi et avons la même culture », a-t-il déclaré dans la conférence de presse avant d’ajouter, « les notions de hutu, tutsi et twa vont  être supprimées de manière progressive ». Pour lui, le système de quotas ethniques prévus dans l’accord d’Arusha  en vue d’un partage du pouvoir consociatif n’est pas non plus exclu. « Même si les quotas ethniques n’ont pas été touchés dans la nouvelle constitution, sachez que tôt ou tard ils devront aussi être supprimés », a-t-il précisé. On se souviendra que le nouveau projet de la Constitution ouvre une possibilité de révision de ces quotas après 5 ans de législature (Article 289).

Certains analystes estiment que la recommandation du Président de la république et son parti de donner un nouvel élan de dynamisme aux clans viserait à restaurer la monarchie qui a été supprimée et remplacée par la république (système mettant  en avant l’intérêt général) vers la fin des années 1960. Ce que rejette Evariste Ndayishimiye. «  Aussi longtemps que le mode de gouvernance en place ne nous apporte pas d’ennuis, je ne vois pas pour quel intérêt on devrait  changer ».

« Clans » et « monarchie », deux notions liées

 D’après des historiens,  les notions de « clans » et « monarchie» entretiennent des liens pour le cas du Burundi. Il faut noter que les clans sont des tribus formées chacune d’un certain nombre de familles. Et la monarchie désigne une « organisation politique dans laquelle les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire sont concentrés entre les mains d’un seul individu » ou un « système politique dans lequel le pouvoir appartient à un monarque » (Dictionnaire Français Livio 3+).  Comment les deux notions  sont-elles liées ?  La cour royale, explique un historien,  était un lieu où les principaux clans se partageaient les taches, chacun, pas tous, ayant une tache spécifique. « La monarchie burundaise était structurée de l’aval en amont, socialement et politiquement, sur base de l’appartenance clanique », déclare-t-il et de préciser, « l’organisation des moments cruciaux monarchiques comme l’intronisation d’un successeur du roi, la fête nationale des semences  Umuganuro, l’enterrement du roi, … se faisait suivant les clans ». D’après l’historien, depuis la chute de la monarchie, le rôle des clans au Burundi n’est plus visible.

La nouvelle  constitution favoriserait le retour à la monarchie

D’après le constitutionaliste belge, Stef Vandeginste, le nouveau projet de la Constitution qui sera soumis au vote référendaire en mai prochain contient des amendements qui favorisent le rétablissement de la monarchie (www.iwacu-burundi.org/eclairage-les-quotas-ethniques-une-reponse-en-attendant-mieux/). Son analyse part de  la formulation différente d’une même et seule disposition (article 4) en vue dans  la nouvelle constitution et celle de 2005. Dans l’ancien texte, l’article stipule : « Le statut et le rétablissement de la monarchie peuvent faire l’objet du  référendum ». Le mot « peuvent » devient « doivent » dans le nouveau projet : « Le statut et le rétablissement de la monarchie doivent faire l’objet du référendum ». Dans l’analyse citée plus haut, le constitutionnaliste donne deux interprétations possibles de l’amendement. Primo,  l’article impose le référendum au cas où l’on voudrait rétablir la monarchie. Ici, le nouvel article 4 serait analogue à l’article 295 de l’ancien texte qui est devenu l’article 282 dans le nouveau. « Aucune  cession,  aucun  échange,  aucune  adjonction  de territoire  n’est  valable  sans  le  consentement  du  peuple burundais appelé à se prononcer par référendum ». Secundo,  le nouvel article 4 peut signifier que le rétablissement de la monarchie n’est valable sans consentement du peuple burundais appelé à se prononcer par référendum. D’après Stef, dans son analyse faite via Iwacu, cet article créerait donc un référendum obligatoire au lieu de « facultatif ». Cela permettrait, selon lui, d’éviter que la monarchie ne soit rétablie  par révision constitutionnelle au parlement sans consultation du peuple par référendum.  Or, poursuit-il, le nouvel article est formulée de manière bien  différente, beaucoup plus affirmative et plus contraignante que l’article 295(ancien) remplacé par le nouvel article 282. Conclusion,  « l’article pourrait alors se comprendre dans le sens d’une annonce d’un référendum qui devra de toute façon avoir lieu ».

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