POLITIQUE:

La recommandation de connaître et redynamiser les clans que le président de la république donne souvent aux citoyens burundais lors des séances de moralisation suscite toujours des interrogations. Dans une émission radiodiffusée avec les porte-paroles de différentes institutions du pays tenue à Gitega(centre du pays) ce vendredi, le porte-parole du président, Jean-Claude Karerwa Ndenzako, s’est retrouvé confronté à une série de questions sur le sujet. Le problème a été lié avec la précédente mesure du comité central du CNDD-FDD d’élever le président Nkurunziza au rang de « Visionnaire » du parti, qui, selon certains, est vue comme une annonce indirecte  de son règne à vie ou une autre façon d’introduire des divisions entre les Burundais. La présidence tente de se justifier.

Ivomo revient  sur quelques unes des principales  questions  adressées au porte-parole lors de la séance qui a duré plus de trois heures.

Question1 : « Lors des séances de moralisation, le Président de la république recommande souvent les citoyens burundais à connaitre et redynamiser leurs clans; ne voyez-vous pas que cela pourrait être une autre façon de semer des divisions ou d’écarter certaines catégories de la population? »

Réponse : « Les séances de moralisation sont l’une des méthodes utilisées par le président pour enseigner les Burundais. Au cours de ces dernières, la devise se base sur la divinité. Vous savez que les Burundais ont toujours mis Dieu en avant dans leur vie. C’était d’ailleurs  le cas à l’époque monarchique car la devise était « Dieu, le Roi, le Burundi ».  Dans ces séances,  il veut montrer au Burundais que la destruction des clans a été à l’origine de tous les maux et des divisions.  Le Burundi de nos ancêtres vivait de l’activité clanique. Chaque clan avait un rôle à jouer dans le pays. A l’époque monarchique il y avait par exemple des clans de forgerons, des sorciers, des faiseurs de pluies, … ».

Q2 : « On dit qu’il y avait aussi des clans qui avaient le rôle de diriger le pays. Ne peuvent-ils pas revenir  pour réclamer leur dû, donc  le pouvoir?»

R : « Au fait, à l’époque monarchique tous les clans étaient bien représentés dans différents échelons et institutions  du pays. Même si il y avait des Baganwa ou d’autres qui étaient proches du roi, la structure gouvernementale était organisée de la manière telle que personne ne soit écartée. Ce qu’on souhaite que vous compreniez ici c’est qu’en détruisant les clans les colons savaient que c’était la base de l’unité des Burundais. Après, les Burundais sont restés comme un arbre sans racines… ».

Q3 : « Le comité central du CNDD-FDD a précédemment élevé le président au rang de visionnaire permanent du parti. N’y aurait-il pas un agenda caché ?  Ou bien le président ne risque-t-il pas de se porter candidat en 2020 et après chercher d’être président à vie ? »

R : «Il n’y a aucun agenda caché derrière. La décision du comité central du CNDD-FDD n’a rien à voir avec rester à la tête du pays car le président a été haussé à un tel rang en reconnaissance de ses réalisations. Les Bagumyabanga adorent tout simplement ses idées. Mais les lois du parti n’ont pas changé. Donc, le choix du candidat pour les élections de 2020 se basera sur les lois du parti et suivra la procédure qu’il suivait avant. »

Q4 : « Le président sait désormais qu’il est visionnaire permanent du parti ; il sait que tout le monde le respecte et que sa parole vaut que celle de tous les Bagumyabanga ; il ne pourrait pas profiter de tout cela pour  imposer  la mise en avant de sa candidature en 2020? »

R : « Ecoute-moi bien!  Si quelqu’un est héritier dans une famille, ce n’est pas lui qui prend les décisions. Il prend plutôt le devant dans les débats, veille à ce que chacun dans la famille donne son point de vue de façon constructive pour qu’après ils puissent arriver à  une décision consensuelle. Si le parti élève le président au rang de visionnaire, il le considère comme son leader charismatique, son héritier. Vous savez par exemple que le parti Sahwanya Frodebu considère Melchior Ndadaye comme son leader charismatique. L’Uprona considère Rwagasore comme son leader charismatique. Donc, élever  le président actuel au  rang de visionnaire ne signifie en rien  qu’il est placé au dessus des lois du parti. Il reste membre du parti et quand il faut prendre certaines décisions dans le parti, sa voix vaut  comme celle d’un simple membre».

Q5 : « Le président avait déjà un agenda surchargé ; actuellement c’est comme si on lui donne un travail supplémentaire, celui d’assurer la gestion du CNDD-FDD, ne trouvez-vous pas qu’on vient de lui confier une lourde tâche ? »

R : « Le rôle qu’on lui a confié est un rôle moral et non exécutif.  Ce n’est pas du tout une tâche lourde qui pourrait l’empêcher d’assurer le fonctionnement normal des pouvoirs publics. »

 

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