POLITIQUE:

Le gouvernement burundais a sorti, en décembre dernier, une ordonnance qui encourage la population et les confessions religieuses à participer financièrement aux  prochaines élections de 2020 en versant des  contributions. Pour la première fois, l’église catholique a ouvertement critiqué la manière forcée dont les autorités burundaises conduisent la collecte de ces contributions.

Alors que le gouvernement prône toujours une contribution à caractère « volontariste », dans une déclaration rendue publique ce mardi 10 Avril, l’église ne mâche pas les mots. « Nous sommes inquiets au regard de ce que nous constatons dans la collecte de cette contribution. Il y en a qui sont  malmenés et forcés à contribuer deux fois et même trois fois alors qu’ils n’ont pas beaucoup de moyens », s’indigne Mgr Joachim Ntahondereye, président de la Conférence des évêques catholiques du Burundi(Cecab).

Une autre préoccupation exprimée par l’institution est que jusqu’à maintenant on ignore le montant nécessaire pour l’organisation des élections dont il est question. La Commission électorale nationale indépendante(CENI) ne l’a pas encore déterminé. Pour le président de la Cecab, l’absence de prévisions, pour un si important projet,  n’est pas une bonne chose.  « Nous estimons qu’il serait mieux que ceux qui sont chargés de coordonner la collecte de cette contribution commence par déterminer le montant total à collecter qu’au fur et à mesure ils indiquent la somme déjà obtenue et montrent ce qui reste encore à rassembler. De cette manière, chacun donnerait sa contribution selon ses moyens, conscient du pas déjà franchi », a-t-il insisté.

« La contribution de l’église catholique n’est pas de nature financière mais consiste plutôt à œuvrer pour le salut des âmes »

Alors que l’ordonnance de décembre sollicite également les confessions religieuses, l’église catholique du Burundi est claire sur sa façon de contribuer. Elle commence par préciser le caractère particulier de sa contribution pour le pays qui, selon elle, n’est pas de nature financière mais consiste plutôt à œuvrer pour le salut des âmes, l’édification de la paix et le respect de toute personne humaine. Côté financier, Mgr Joachim Ntahondereye estime que la part de l’église catholique est déjà là. Il se base sur le fait que ses fidèles constituent déjà la majorité de ceux à qui le gouvernement demande la contribution. « C’est de ceux-là mêmes qui sont entrain de contribuer individuellement que proviennent les moyens financiers sur lesquelles l’église compte pour donner sa contribution », explique-t-il et d’ajouter, « toute contribution financière demandée à l’église catholique comme famille ne peut l’être qu’au niveau du diocèse parce que c’est là que se trouve son représentant légal qui est l’évêque diocésain ». « Qu’il n’y en ait pas qui aille la réclamer de quelle qu’autre institution ou œuvre appartenant à l’église catholique », renchérit-il, faisant allusion aux paroisses, les communautés religieuses, les centres de santé, les écoles et orphelinats.

Des élus du peuple rejoignent le constat de la Cecab

A part la déclaration de l’église catholique,  différentes opinions continuent à soulever des inquiétudes sur la contribution.  Certains membres des deux chambres du parlement se sont exprimés sur le sujet ce mercredi quand le deuxième vice-président de la République, Joseph Butore, présentait le bilan  du dernier semestre de l’an 2017 sur les réalisations de 12 ministères sous sa tutelle.

Ils font le même constat que les évêques catholiques et affirment avoir aussi des informations selon lesquelles certains burundais sont forcés à contribuer aux prochaines élections contre leur gré. « Le Ministre de l’intérieur et celui des finances avaient annoncé que la contribution serait volontaire. Ils avaient promis qu’on ne toucherait pas au salaire de tout fonctionnaire qui ne souhaite pas contribuer. Mais, on a constaté que les retenues à la source ont bien été opérées pour ceux qui avaient écrit pour exiger que leurs comptes soient épargnés. Je veux une explication sur ça», s’est indigné le député Noé Mbonigaba.

Le deuxième vice-président a indiqué qu’il n’était pas au courant du problème. « Je n’ai jamais entendu de citoyens forcés à contribuer aux élections ni ceux qui auraient écrit pour s’opposer à la retenue de leurs salaires. Je n’ai jamais entendu parler d’une liste pareille. S’il y aurait qui l’a fait et qui continue à se lamenter secrètement, celui-là ne serait pas patriote », a-t-il déclaré.

Le Burundi traverse une crise sociopolitique et économique depuis l’éclatement de la crise de 2015 quand le président Pierre Nkurunziza a annoncé qu’il briguait un troisième mandat alors que la constitution et l’Accord d’Arusha ne limitaient les mandats présidentiels qu’à deux.  Les bailleurs de fonds internationaux ont ainsi réagi en suspendant une grande partie des appuis budgétaires qu’ils accordaient à la nation des Grands Lacs. Ne pouvant plus compter sur ces derniers, le président Pierre Nkurunziza a par la suite décidé de recourir aux contributions de la population pour organiser les élections de 2020. La contribution proposée dans l’ordonnance ministérielle servira donc à les financer à 100%.

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