POLITIQUE:

Depuis le 1er mai 2018, le Burundi est en pleine campagne référendaire en vue de changer ou pas la Constitution de 2005 qui émane de l’Accord d’Arusha signé en 2000. Celui-ci a mis fin à la terrible guerre ethnique qui a suivi l’assassinat du président Melchior Ndadaye en 1993. L’Eglise catholique estime que ce n’est pas le bon moment pour amender profondément la Loi fondamentale.

Dans un communiqué sorti ce mercredi, le Conseil des Evêques catholiques du Burundi (Cecab) craint que le pays n’aille à la dérive. Son président, Monseigneur Joachim Ntahondereye, qui a lu le communiqué, se demande si les initiateurs du projet ont au moins pris en considération l’article 299 de l’actuelle constitution. L’article stipule précisément qu’«Aucune  procédure  de  révision  ne  peut  être  retenue  si  elle  porte atteinte à l’unité nationale, à la cohésion du peuple burundais, à la laïcité de l’Etat, à la réconciliation, à la démocratie, à l’intégrité du territoire de la République».

Or, pour le président de la Cecab, la révision semble avoir «exacerbé les désaccords entre les Burundais au lieu de les unir». Il considère que depuis 2015 le processus démocratique basé sur l’Accord d’Arusha, pilier de la paix et la stabilité, est mis à l’épreuve. «Depuis cette année là, les divisions ont éclaté au sein de beaucoup de partis politique y compris celui qui est au pouvoir, au sein des associations et au sein des organes dirigeants du pays. Jusqu’à ce jour, aucune solution n’a été trouvée puisque les efforts du dialogue n’ont pas abouti», se désole-t-il.

La population vit dans la peur

Outre le problème de plus de 400.000 réfugiés burundais abrités dans les pays voisins depuis l’éclatement de la crise en 2015 (rapports de l’Onu), la Cecab s’inquiète également du fait  que beaucoup de citoyens au pays vivent dans la peur à tel point qu’ils «n’osent pas exprimer leurs opinions ouvertement». Mgr Ntahondereye pointe du doigt une  catégorie de Burundais. «Cette peur est souvent causée par le langage, l’attitude et le comportement de certains Burundais qui usent de la violence ou abusent de l’autorité qu’ils détiennent pour opprimer la liberté d’expression et d’opinion de leurs adversaires politiques», a-t-il précisé. Rappelant ce qui est stipulé dans l’article 299 cité plus haut, le Pasteur estime que la révision de la Constitution ne devrait pas être envisagée dans une période de crise. Il exhorte ainsi la population à ne pas céder à la panique et de rester unis : «les élections passent et la vie continue quelsque soient les résultats», conseille-t-il.

Les interventions de l’Eglise pour demander le respect de l’Accord d’Arusha se sont multipliées depuis l’annonce de la troisième  candidature du Président Pierre Nkurunziza en 2015. Les autorités du pays l’ont, à maintes reprises, accusée de se ranger du coté de l’opposition et d’être contre des institutions démocratiquement élues.

 

Laisser un commentaire