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Beaucoup de localités de l’Est du Burundi manquent cruellement de l’eau potable. Des habitants puisent dans des mares.

Pour savoir clairement à quoi s’en tenir, un reporter d’Ivomo a visité les collines de Mutwana et Kibimba dans la commune de Giharo (province de Rutana) puis Nkara, Manyenye et Buga dans la commune de Kayogoro (province de Makamba, sud-est du pays), à près de 200 kilomètres de la capitale.

Très tôt le matin, il part de Bujumbura à bord d’un bus. Il arrive à Mutwana vers 11 heures. C’est à 5 kilomètres de la rivière Malagarazi séparant le Burundi de la Tanzanie. De là, une marche de trois kilomètres vers la frontière suffira pour découvrir une grande flaque d’eau sur son chemin. Plusieurs personnes s’y trouvent. Parmi celles-ci, Joëlla, 15 ans, en train de recueillir quelques litres dans un bidon. A côté, Jeannette, 16 ans, avec quelques enfants se lavent. L’eau a une couleur jaunâtre à cause de la saleté. Pourtant, c’est celle que l’on consomme dans des familles de la localité.

Les deux jeunes filles se disent abandonnées. «C’est cette eau que nous buvons, enfants et adultes. On l’utilise aussi pour la cuisson et la vaisselle. Comme on n’a ni robinet ni fontaine, on est obligé de la consommer. On n’a pas le choix. On est menacé par les maladies des mains sales», s’est désolée Joëlla. «La mare-ci s’accumule durant la saison de pluie seulement. En saison sèche, elle tarit et on est obligé de parcourir quelques kilomètres à la recherche d’une autre», a-t-elle précisé.

Alors que les cas de maladies des mains salles sont fréquents dans la région, affirme une source médicale, la plupart des habitants se contentent des pharmacies au lieu de consulter un médecin, précise-t-elle.

Le célèbre «puits de Musoni» dans Kayogoro

Dans les collines de Nkara, Manyenye et Buga à Makamba, le système est différent. Des habitants puisent dans des puits creusés dans le sol. Le puits le plus connu à Nkara, par exemple, est celui aménagé dans la propriété d’un certain «Musoni» et qui porte le même nom.

Nkara
Le puits de Musoni à Nkara

Immaculé Nyandwi, 43 ans, est l’un des habitants qui y prennent de l’eau. Originaire de la province de Mwaro (centre du Burundi), la mère de six enfants habite la localité avec son mari depuis 24 ans. Elle a eu beaucoup de difficultés à s’adapter. «Cette eau est très sale. A notre arrivée ici, je tombais malade à chaque fois que je la consommais. Et je devais faire une dizaine de kilomètres à pied pour rejoindre l’hôpital», a-t-elle confié.

Les habitants des localités touchées déplorent le silence des autorités face au problème. «Elles nous ont toujours promis que les travaux de construction des fontaines publiques étaient sur le point de démarrer, on a attendu mais en vain», s’indigne un habitant de Manyenye.

Un problème déjà  annoncé aux  plus hautes autorités

La question a été soulevée au début du mois d’avril 2018, lorsque le deuxième Vice-président, Joseph Butore, présentait le rapport des réalisations des ministères sous sa tutelle, pour le deuxième semestre de l’an 2017.  «Concernant la question d’adduction en eau potable, la région de l’Est du Burundi a été oubliée. La situation est gravement préoccupante. Par exemple, plusieurs localités de la commune de Kinyinya en province de Ruyigi n’ont ni robinet ni fontaine publique. Les femmes et les enfants sont confrontés à des maladies des mains sales. On a toujours demandé de l’aide de la part de l’administration  mais on n’a rien vu venir. Vous ne voyez pas que ce peuple est abandonné?»,  s’est alarmé un élu de la circonscription de Ruyigi.

Joseph Butore semble avoir donné une réponse échappatoire: «le problème devrait être réglé au niveau des communes», a-t-il simplement répondu.

Les provinces concernées par le problème sont : Ruyigi, Makamba, Rutana et Muyinga, toutes frontalières avec la Tanzanie.

Par ailleurs, le plan de réponse humanitaire rendu public par le système des Nations-Unies au début de l’année, sur le Burundi, montre à titre d’exemple que 12% des collines des provinces de Rutana et Ruyigi n’ont aucun accès à une source d’eau potable, 17% utilisent l’eau des sources non améliorée et 3% de la population n’a pas de latrines.

Le système de l’ONU se dit préoccupée. Et de conclure : «le problème constitue un frein pour les pratiques essentielles d’hygiène».

Le plan préconisait une intervention d’urgence pour nombre de localités du Burundi ayant le problème d’accès à l’eau potable dont celles citées plus haut. Toutefois, le gouvernement burundais l’a rejeté en bloc quelques jours après sa présentation, le qualifiant d’«irréaliste» et de «mensonger».

 

 

 

 

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