Gestion des feux au Burundi : Nouvelle méthode, plus objective et moins couteuse

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Au Burundi, les feux de brousse ravagent, chaque année, des milliers d’hectares de forêts. Les provinces de l’est du pays (Cankuzo, Ruyigi, Rutana) et le sud sont les plus touchés. Le phénomène est aujourd’hui devenu inquiétant et incontrôlable. Les moyens pour lutter contre ces incendies étant dérisoires, un jeune expert burundais de l’Environnement et de la Biodiversité a précédemment publié une étude qui permettra, désormais, d’y faire face à un coût moins élevé. Dans cette étude, Elias Niyongabo développe une méthode, jamais utilisée au Burundi, par laquelle on peut éradiquer les feux, qu’ils soient volontaires ou involontaires, en suivant leur évolution en temps réel. Les résultats de l’étude sont basés sur les données des feux actifs des satellites MODIS.

Dans ce document de 32 pages, l’expert fait une révélation intéressante concernant l’organisation spatio-temporelle des feux actifs au Burundi : « à plus de 77% de cas, les feux naissent et consument la nature entre 6 h et 12 h. En plus, les quatre mois (juin, juillet, août, septembre) enregistrent la quasi-totalité de tous les feux enregistrés. Et c’est durant les mois d’août et septembre que surgissent les feux les plus puissants, et donc les plus destructeurs ».

D’après Elias Niyongabo, la connaissance de ces moments est d’une importance capitale pour le pays. « La découverte vise à montrer les périodes de la journée, de la semaine ou de l’année qui sont les plus vulnérables aux feux afin de permettre aux gestionnaires à bien organiser leurs interventions pour qu’elles soient les plus rentables possibles ».

La nouvelle stratégie 

Dans son étude, l’expert présente une nouvelle méthode qui permet d’éliminer totalement les feux qui ravagent de grandes étendues chaque année au Burundi. Dans des aires protégées où dominent les savanes, explique-t-il, il est urgent d’utiliser les feux de gestion précoces, contrôlés, moins puissants et donc, moins destructeurs pour éviter des feux tardifs, plus puissants et par conséquent plus destructeurs.

Un feu précoce de gestion, précise-t-il, est un feu qu’on met volontairement dans une aire protégée, dans un parc, dans une réserve naturelle ou dans une partie qui est très bien connue. Il y est mis dans des mois qui précèdent la saison sèche, et va bruler la nature. Il s’agit d’un feu qui doit être faible puisque les herbes, les arbres ne sont pas suffisamment secs pour dégager un feu qui est fort, d’autre part, les conditions météo ne sont pas non plus favorables à un feu qui est fort. Donc, les destructions de ce feu-là sont des dommages minimes, ajoute-t-il.

L’objectif poursuivi en allumant ce feu, poursuit Elias Niyongabo, c’est pour consumer en fait le combustible afin d’éviter qu’il ne survienne durant la fin de la saison sèche ou la mi-saison sèche, des feux qui sont très forts, qui ont une puissance destructrice très élevée et par conséquent qui émettent énormément de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. « C’est ça qu’on appelle un feu de gestion », déclare-t-il.

Il y a d’ailleurs un autre rôle de ce feu. Selon lui, « il permet de maintenir ou de conserver l’aspect physique de la végétation ou de l’aire protégée. C’est un mode de gestion qui permet de barrer la route aux feux tardifs qui causent des destructions majeures ».

En quoi l’étude est-elle intéressante pour le Burundi ?

Le Burundi est d’abord un pays avec une forte densité de population (400 Hab/km2).  En plus, il est miné par beaucoup de problèmes environnementaux dont la déforestation et la dégradation des forêts.

D’après le jeune expert, l’étude apporte deux principaux intérêts.

Primo, elle propose une méthode d’évaluation des feux la plus objective jamais utilisée au Burundi et la moins coûteuse possible, basée sur l’exploitation des données des satellites Aqua et Terra. « La méthode permet de prévenir, de suivre l’évolution des feux en temps réel et d’évaluer des surfaces brulées et d’autres dégâts éventuels sur base de la puissance radiative des feux observés », déclare l’expert.

Secundo, ajoute-t-il, l’étude est la première à dégager, avec exactitude, les localités et les moments sur lesquels doivent embrayer les gestionnaires de la nature en matière des feux.

Les régions les plus touchées

Il s’agit de l’est du pays (dans les provinces de Cankuzo, Ruyigi, Rutana et Makamba). Selon l’expert, cela est expliqué par le fait que ces provinces restent les moins densément peuplées du pays, avec une densité de population variant entre 117 et 220 habitants/km².

Il précise qu’on y trouve fréquemment de terres non encore défrichées. Ces terres-là, avec leur végétation parfois encore naturelle (notamment dans le massif de Nkoma à Rutana, dans la montagne de Mpungwe, à Ruyigi, dans la montagne Inanzerwe à Makamba, et dans les environs du Paysage Protégé de Gisagara à Cankuzo) constituent un combustible qui peut s’enflammer à la volonté des agriculteurs ou suite à de fréquents accidents, ajoute-t-il.

Bref, c’est là où il y a encore le combustible en état favorable de faire développer les feux.

Pour conclure, il importe de rappeler que les feux ont des impacts désastreux sur l’environnement et le développement socio-économique du Burundi. Pour Elias Niyongabo, y remédier nécessite l’implication de tout citoyen et la collaboration intersectorielle. Il conseille les gestionnaires de l’environnement d’intégrer les données satellitaires dans leurs méthodes, lesquelles sont modernes, objectives et moins couteuses.

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