Burundi : Le « 3ème mandat » de Nkurunziza vers sa fin malgré tout

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Quatre ans après l’éclatement de l’actuelle crise, Gitega se prépare déjà aux élections de 2020. La CENI (Commission électorale nationale indépendante) a dévoilé, le 28 juin 2019, le calendrier de différents scrutins. Elle a également reçu les dossiers d’organisations « locales » qui souhaitent les observer. En plus, le lancement des activités des CEPI et CECI (commissions électorales provinciales et communales) est prévu pour octobre prochain. Voilà, on s’achemine vers de nouvelles élections avant que même la crise due aux précédentes ne soit résolue. Les diplomaties étrangères y ont échoué. Pourtant, l’opposition radicale continue de contester le « 3ème mandat » qui est presque à sa fin. Le point avec Ivomo.

Tout commence le samedi 25 avril 2015. Dans l’avant midi, une marée des Bagumyabanga – en provenance de toutes les provinces du pays – convergent vers Bujumbura (la capitale) pour participer à un congrès. Objectif : désigner le candidat présidentiel du CNDD-FDD. Malgré de nombreux appels des partenaires, de l’église catholique, de l’opposition et la société civile, ils choisissent Pierre Nkurunziza. Une « troisième et anticonstitutionnelle candidature », selon l’opposition. Mais pour le régime, il ne s’agit que de la « deuxième ». Ainsi, le désaccord conduira à un bras de fer.

Au lendemain de l’annonce, dans la matinée. Des organisations de la société civile, des opposants et poids lourds du CNDD-FDD (les frondeurs) ripostent. Ils appellent la population à descendre dans les rues pour s’y opposer. Selon eux, la candidature viole les Accords d’Arusha et la Constitution de 2005 qui en émane. Ces Accords ont mis fin à une terrible guerre politico-ethnique de dix ans qui commence avec l’assassinat du président Melchior Ndadaye, en 1993. Le mouvement sera suivi d’une tentative de coup d’Etat. Le 13 mai 2015. L’ex-chef d’Etat-major, le général Godefroid Niyombare soutenu par certains hauts gradés de l’armée et de la police annonce la destitution de Pierre Nkurunziza. En ce moment-là, le président participait à un sommet sur le Burundi en Tanzanie. Mais, les choses tourneront en sa faveur. Ne pouvant pas s’entendre sur des actions à mener, l’armée se divise : des loyalistes d’un côté, et putschistes de l’autre. Il en résultera des affrontements entre eux. Quelques heures plus tard, le coup avorte. Les putschistes sont neutralisés, des médias indépendants détruits. Les crises vont se multiplier : au CNDD-FDD, à la CENI, à l’armée et à la police. Des milliers de Burundais se réfugieront en masse vers les pays voisins. La sous-région sera obligée de s’impliquer pour tenter une résolution pacifique. Ainsi, le 6 juillet 2015, l’actuel président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, est désigné Médiateur.

Quand la survie d’un pouvoir passe avant tout

Malgré l’ultimatum lui lancé par l’opposition pour qu’il ait démissionné jusqu’au 26 août 2015 (date où prendrait fin son mandat), Pierre Nkurunziza surprend tout le monde. Il prête serment devant le parlement le 20 du même mois.  Soit six jours avant la fin des délais constitutionnels. Cette cérémonie « surprise » sera annoncée à la dernière minute pour des raisons de sécurité. Aujourd’hui, son gouvernement est accusé de manque de la volonté de dialoguer avec l’opposition. Il a boycotté presque toutes les sessions. Et chaque fois, il justifiait son boycott : « on ne dialoguera jamais avec les putschistes ou terroristes ». Ici, le régime faisait allusion à des gens poursuivis par la justice. Les partenaires occidentaux essaieront de lui faire pression. Par exemple, l’Union européenne. Le 14 mars 2016, elle a suspendu les appuis budgétaires qu’elle lui accordait. Par cette décision, elle espérait lui faire changer d’avis. Mais en vain. En conséquence, le médiateur et son facilitateur se contenteront d’inviter, à Arusha, ceux qui ne sont pas poursuivis par la justice seulement. Le dialogue sera voué à l’échec.

Alors que les partenaires et l’opposition exigent sans cesse la démission de Nkurunziza, les surprises continueront plutôt de tomber. Tenez : Le 10 mars 2018, le CNDD-FDD l’élève au rang de « Guide suprême éternel » des Bagumyabanga. « Imboneza yamaho », en Kirundi. Le secrétaire général du parti, Evariste Ndayishimiye, motivera la mesure : « Pierre Nkurunziza est l’unique chef dans notre parti. Personne n’est comparable à lui. C’est notre parent. C’est lui qui nous conseille. Il a fait progresser le pays de façon significative dès le début de son exercice du pouvoir. C’est pourquoi je demande à chacun de nos membres de le respecter sur base de ce titre mérité ».

Le 27 octobre 2017. Poussé par le besoin d’échapper à la justice internationale, le Burundi se retire du Statut de Rome. La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, menaçait d’ouvrir une enquête préliminaire sur les crimes commis au pays depuis 2015.  Un an plus tôt, les autorités burundaises avaient notifié le secrétaire général de l’Onu leur décision. Elles dénonçaient une Cour pénale internationale « politisée ». Qui pratique une justice « sélective » contre les africains, laissant impunis les crimes de grandes puissances. « C’est un instrument d’oppression et de néocolonialisme », préciseront-elles. Ces arguments seront jugés « peu convaincants » par l’opposition.

Le 17 mai 2018. Près de cinq millions de Burundais, sont appelés à se prononcer sur le projet d’amendement de la nouvelle Constitution. Elle sera votée à 73,2 %. Et remplacera celle de 2005 qui émanait des Accords d’Arusha signés le 28 août 2000. Cette nouvelle Loi contient des nouveautés. Par exemple, les postes des deux vice-présidents ont été supprimés. Le mandat présidentiel porté de cinq à sept ans, renouvelable une fois. Donc, le président élu, en 2020, aura droit à deux septennats. Alors que le projet soulevait des soupçons sur son intention de se maintenir au pouvoir, Pierre Nkurunziza surprend encore. Le 7 juin 2018, lors des cérémonies de promulgation du texte, il annonce qu’il ne se représentera pas : « Celui-ci est mon dernier mandat. Je ne serai plus candidat. Et je suis prêt à soutenir pleinement celui que mon parti désignera pour me succéder ».

Quelle surprise « nous » réserve l’an 2020 ?  

Quatre ans après, la crise reste irrésolue. Le dialogue extérieur a échoué, le facilitateur a démissionné. L’opposition est « faible », « divisée » (Cas du CNARED). Le pays est frappé par des sanctions financières. Des Burundais vivent dans la précarité. Beaucoup d’autres restent hébergés dans les pays voisins comme réfugiés. En plus, certains signes, aujourd’hui, montrent qu’en 2020 la situation risque aussi de dégénérer. Ici, Ivomo rappelle l’intolérance politique grandissante au pays. Depuis des mois, des membres du parti au pouvoir (CNDD-FDD) et ceux du CNL (principal parti d’opposition nouvellement agréé) se regardent en chien de faïence. Souvent, ils en viennent aux mains. Des permanences du CNL sont vandalisées presqu’au quotidien.

Il y a une autre chose qui fait peur : l’incertitude au sujet de qui sera le candidat du CNDD-FDD à la prochaine présidentielle. Il est vrai, le président a annoncé qu’il ne se représentera pas. Mais, des Burundais restent curieux de savoir celui qui lui succèdera parmi les grands ténors de son parti. Ceux qui suivent de près la situation politique du pays estiment qu’il pourrait y avoir des divisions internes. Surtout, suite à un manque de consensus. Car en réalité, personne ne sait comment réagiraient les Bagumyabanga lésés. Tout le monde est témoin de ce qui s’est passé en 2015 (émergence de la fronde). Excepté ça, certains soupçonnent d’ailleurs que le président pourrait revenir sur sa décision. « Pourquoi, dans la nouvelle Constitution, il a supprimé les postes de sénateurs à vie qui étaient réservés aux anciens présidents ? N’a-t-il pas besoin d’une bonne retraite ? Il compte aller où après 2020 ? Il y a quelque chose qui cloche », soulève un analyste, sous couvert d’anonymat.

Ambiguïtés, incertitude, … voilà dans quel état se trouvent certains Burundais. En tout cas, l’an 2020 pourrait révéler beaucoup de surprises.

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