Burundi : les grands moments de l’année 2019

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L’année 2019 touche à sa fin. L’heure est au bilan. Ivomo revient sur certains des principaux événements – politique, sécurité, justice – qui ont marqué l’actualité burundaise.

  • Journalistes du Groupe Iwacu incarcérés

Ils sont au nombre de quatre. Ils ont été appréhendés le 22 octobre 2019, avec leurs chauffeurs, dans la province de Bubanza (nord-ouest du Burundi). Ils couvraient une attaque de rebelles venus de la République démocratique du Congo (RDC). Le ministère public reproche à Christine Kamikazi, Agnès Ndirubusa, Térence Mpozenzi et Egide Harerimana de complicité avec le groupe qui a attaqué. Dans une audience publique du mardi 30 décembre, cette institution leur a requis une peine de 15 ans de prison pour « complicité d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat ».

Y’aurait-il quelque chose qui cloche dans le dossier ? Selon certains oui. Le ministère public n’aurait pas pu prouver à suffisance ce qu’il leur reproche. Pour motiver son réquisitoire, il s’est uniquement basé sur un simple message WhatsApp envoyé par l’une des journalistes à un confère, à l’étranger. Celle-ci aurait écrit en badinant : « Nous allons aider les rebelles ». Pour le substitut du procureur chargé de l’affaire, c’est une preuve « irréfutable ».

Le collectif de bloggeurs burundais YAGA, lui, parle d’une « malheureuse blague qui a mal tourné ». Dans son numéro de mardi 31 décembre, il s’étonne de « comment une blague pourrait coûter 15 ans de prison aux quatre journalistes ».

  • L’attaque de Cibitoke, le Rwanda accusé

Dans la nuit du 16 au 17 novembre. Un groupe d’hommes armés, non identifiés, mène une attaque meurtrière contre un poste militaire dans la province du nord-ouest de Cibitoke, près de la frontière rwandaise. Des dizaines de militaires burundais sont tués dont leur commandant. D’après nos sources, les assaillants étaient lourdement armés, équipés de gilets pare-balles et de lunettes de vision nocturne.

Pour le président, Pierre Nkurunziza, c’est bien le Rwanda qui est derrière l’attaque. Il l’a annoncé dans une conférence publique tenue le jeudi 26 décembre 2019, dans la capitale politique, Gitega.

Ce que les Burundais doivent comprendre ici est que le Rwanda a attaqué le Burundi. Donc, l’ennemi a attaqué notre pays. Cela n’est pas nouveau. En 2014 le Rwanda a fait de même, en 2015, même en 2016, … les preuves sont là.

Pour essayer de mettre les choses au clair, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) a envoyé une mission de vérification au Burundi et au Rwanda. Celle-ci n’a pas encore publié son rapport.

Les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées depuis l’éclatement de la crise de 2015. Déclenchée par la décision controversée de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat. Les autorités burundaises reprochent au Rwanda d’armer et former des rebelles qui agressent le Burundi.

  • Des politiciens rentrent d’exil

Au début du mois d’octobre. Anicet Niyonkuru, un des opposants critiques du régime CNDD-FDD et ancien porte-parole du CNARED rentre d’exil discrètement. Il est accompagné d’un certain Mames Bansubiyeko, un des fondateurs du collectif, et d’autres. Ces politiques expliqueront qu’ils retournent au pays pour participer aux élections de 2020.

Le retour de ces politiques signifie beaucoup pour le CNARED : désarticulé, presque mort, … Anicet Niyonkuru et ses amis de lutte avaient, à maintes reprises, déclaré que le gouvernement issu du CNDD-FDD est « voyou » et que seule la plateforme pouvait le « supplanter » efficacement.

Comment le CNARED était-il né ? Le 1er août 2015. Différents représentants des partis d’opposition, ceux de la société civile et anciens présidents se rencontrent à Addis Abeba (Ethiopie). Objectif, étudier comment chasser Nkurunziza et son gouvernement. A l’issue de longues consultations, ils annoncent la création d’un front uni : le Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi.

  • Inauguration du nouveau palais présidentiel

La cérémonie officielle de consécration a eu lieu le vendredi 27 septembre. Cette étape est intervenue à un moment opportun. Elle met un terme aux dizaines d’années de location des bureaux présidentiels par le gouvernement burundais. Celui-ci les louait à l’ancien président Micombero.

La nouvelle demeure présidentielle a été baptisée « Palais Ntare Rushatsi Cambarantama » : le nom du fondateur du Royaume du Burundi. Construite sur la colline de Gatunguru (au nord-est de la capitale économique), elle occupe 9900 m2 . Elle est essentiellement composée de bureaux du président et d’autres hautes autorités, une salle de protocole, un hall, des salles de réunions, de congrès, etc. Mais, pas de résidence du chef de l’Etat.

  • Le président du sénat met à prix la tête d’un homme !

L’année 2019 a été également marquée par la polémique due à la fuite, sur les réseaux sociaux, le 11 septembre, d’un enregistrement inhabituel. On y entend la voix de Réverien Ndikuriyo, président du sénat, se vanter d’avoir mis à prix la tête d’un opposant, un certain « Kaburimbo », habitant de la province de Bururi (au sud). La raison avancée, celui-ci sèmerait le désordre dans la région. Selon Réverien Ndikuriyo, il faut donc l’éliminer pour l’en empêcher :

Je le veux mort ou vivant. Je donnerai 5 millions à celui qui me ramènera sa tête.

En octobre 2015, un autre enregistrement de la même autorité avait déjà fait scandale. Alors que la crise due à la troisième candidature de Nkurunziza prenait une grande allure en mairie de Bujumbura, le président du sénat, devant les élus locaux, avait utilisé le mot kirundi « kora », une façon de les inciter à passer à l’action pour neutraliser les quartiers contestataires. « Kora » signifie « travaille » ou « travaillez ».

Dites à ces gens de Cibitoke et Mutakura de renoncer, s’il vous plait ! Si demain on donne l’autorisation de travailler, ne regrettez pas. Aujourd’hui les forces de l’ordre font semblant de ne rien voir. Quand ils entendent l’explosion d’une grenade, ils ne répliquent même pas. Mais, le jour où on leur donnera le feu vert, ils vont passer à l’action, ils vont mener l’opération Kora. C’est dans vos quartiers que tout sera anéanti. Où irez-vous ? Sachez qu’il pourrait même être possible de décrocher des parcelles.  

Certains analystes ont compris ce message comme un véritable appel à la guerre. Selon eux, c’est un registre clairement inspiré des médias rwandais qui avaient incité au génocide des Tutsi, entre 1991 et 1994.

  • Fermeture de BBC et VOA

Le vendredi 29 mars. L’organe qui contrôle les médias (CNC) a retiré son agrément à la radio BBC et prolongé la suspension de VOA. Les deux chaines sont reprochées de deux fautes différentes. La première a été fermée pour avoir diffusé, en décembre 2018, un documentaire sur l’existence d’un centre de détention illégale à Bujumbura. Les autorités ont qualifié l’émission de « montage mensonger et calomnieux ». Selon celles-ci, la BBC a donc participé à un complot international visant à « renverser les institutions élues par le peuple ». La deuxième, la VOA, est reprochée d’avoir maintenu dans son personnel une personne recherchée par la justice burundaise.

Ceci rappel d’autres médias qui ont subi le même sort. En octobre 2018, le journal en ligne Ikiriho a été fermé. En décembre 2017, les autorités avaient fermé la radio Ntumbero FM. Ici, on n’oublie pas les principaux médias indépendants détruits en 2015 : Bonesha FM, Renaissance, RPA, etc.

Tout cela prouve que la liberté de la presse est en péril au Burundi. Selon le classement récemment établi par Reporter sans frontière (RSF), ce pays occupe la 159ème place. C’est au moment où il était considéré, avant 2015, comme un des rares États de la région des Grands Lacs à être doté d’une presse libre et indépendante.

  • La naissance d’un « Terminator »

En avril, un élément sonore offensant circule sur les réseaux sociaux. On y entend la voix d’un commissaire de la police, OPC1 Jérôme Ntibibogora, qui menace publiquement d’éliminer des membres du principal parti d’opposition, CNL, ainsi que leurs familles. On est dans la province de Muyinga (au nord-est). Leur reprochant d’organiser des « réunions clandestines nocturnes » dans leurs familles, l’officier se dit prêt à les y décimer.

 Je ne veux plus me fatiguer avec des personnes qui perturbent la sécurité. Chaque jour je me promène avec des choses sur moi (des grenades). J’entends que vous faites une réunion clandestine dans une famille, j’y entre, j’y lance deux d’entre elles (grenades) et je m’en vais. J’en fini avec toi sur place, que tu sois avec tes enfants, ta femme, vous périssez ensemble… 

Le commissaire ne sera jamais sanctionné.

  • Agrément du parti CNL

Le ministère de l’intérieur l’a agréé le 14 février à l’issue d’un long bras de fer avec les autorités du pays. Le Congrès national pour la liberté (CNL) est le principal parti d’opposition dirigé par Agathon Rwasa. Cet opposant avait tenté quelques mois avant de créer le Front national pour la liberté (FNL-Amizero y’Abarundi) mais en vain. Le ministère lui en a refusé suite à la plainte déposée par Jacques Bigirimana. Celui-ci reprochant à Rwasa d’« usurpation » du nom, des symboles et emblèmes de son parti. Cette plainte poussera le ministère à rejeter la première demande de Rwasa.

Malgré l’autorisation officielle de ce parti et à quatre mois des élections, les difficultés sont loin de finir. Rwasa reproche à certains administratifs de malmener ses fidèles et de les arrêter illégalement. D’autres empêchent la tenue des réunions ou l’ouverture des permanences dans leurs circonscriptions.

En bref. L’année 2019 avait commencé avec des signes d’ouverture de l’espace politique par le gouvernement. L’agrément du parti CNL en est une des illustrations. Néanmoins, les choses se sont vite compliquées. Des appels à la haine et ultimatums à hauts risques, lancés par certaines autorités, se sont multipliés. Alors que les élections approchent à grands pas, des organisations de la société civile en exil estiment que les conditions ne sont pas réunies pour qu’elles soient libres et transparentes. L’ONU fait le même constat : « le Burundi prépare les élections de 2020 dans un contexte jugé insuffisamment inclusif », avaient récemment conclu des experts au conseil de sécurité. Pour l’ONU, le dialogue inclusif reste la seule option viable pour résoudre la crise politique au Burundi.

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