[Disparitions] Gitega : que sont devenus Olivier, Térence et Dieudonné ?

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C’est aujourd’hui le 1ère anniversaire de la disparition des trois jeunes opposants. Une année après, aucune enquête n’a été menée par les autorités. Leurs familles qui espéraient vérité et justice sont dans la désolation. Que sont devenus Olivier, Dieudonné et Térence ?

Le 18 mars 2019. Olivier Ndayishimiye, 31 ans, et Dieudonné Nduwayezu, 34 ans, disparaissent. Tous les deux sont originaires d’une même zone de Mungwa, commune de Gitega. Ils sont membres du Congrès national pour la liberté (CNL), principal parti d’opposition. Olivier était depuis peu sorti de l’université du Burundi, Département d’Economie rurale. Dieudonné était conducteur de mototaxi.

Le 19 mars 2019, soit le lendemain, deux autres originaires de la même zone et proches des premiers, sont kidnappés. Il s’agit de Térence Manirambona, 32 ans, et Emmanuel Ndayishimiye. Térence est également fraichement sorti de l’Université, faculté de Psychologie. Il est membre du Frodebu Nyakuri. Emmanuel est membre du CNL.

Quelques jours plus tard, Emmanuel réapparaitra mystérieusement. Il refuse de témoigner. Mais, des sources proches de sa famille indiquent qu’il a « réussi à s’échapper quand les ravisseurs allaient les éliminer ».

Après une année, les familles des trois autres, Terence, Dieudonné et Olivier n’ont aucune nouvelle de leurs enfants. Les requêtes auprès de la justice, la police et l’administration n’ont jamais avancé.

Victimes d’un règlement de comptes ?

Ces disparitions seraient liées à une enquête en cours contre un démobilisé du Palipehutu FNL, Jules Niyongere. D’après des sources concordantes, ce propriétaire de la société informatique « New Informatic’s Technical Service », basée dans la capitale politique, était suspecté par des autorités d’appartenir à un groupe armé.

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Jules Niyongere

En conflit avec celles-ci, il a fui le pays en décembre 2018. Mais quelques mois avant de partir, il a associé Olivier, Térence et Emmanuel à sa société. Une façon de protéger son business, selon toujours nos sources.

Une précision : Dieudonné Nduwayezu n’a pas travaillé à la société. Conducteur de mototaxi et proche des trois (Olivier, Terence et Emmanuel), il les aidait souvent à faire leurs courses en ville.

Trois mois après le départ de Jules, ces jeunes ont été enlevés par des inconnus qui, toujours selon nos sources, étaient à la recherche du démobilisé. « On sait que vous êtes en contact avec lui. Si vous ne dites pas où il est, vous mourrez tous », leur auraient dit les ravisseurs.

Durant les premiers jours, les victimes auraient été détenues dans plusieurs lieux inconnus. D’une destination à une autre. Plus tard, elles auraient été conduites au service de renseignement à Gitega, selon Rémy*. Cet habitant de la capitale politique affirme les y avoir vus. « Quelques jours après leur disparition, je me suis rendu au service de renseignement de Gitega. Je voulais vérifier s’ils s’y trouvaient. Un agent, ami à moi, m’a demandé si j’avais leurs photos. Je les lui ai données. J’en avais dans mon téléphone. Il est ensuite allé vérifier dans les cellules. De retour, il m’a bien confirmé que Térence, Emmanuel et Olivier étaient à l’intérieur. Et qu’ils présentaient des signes de torture. Mais, Dieudonné n’était pas parmi eux », témoigne-t-il. « Quand j’y suis retourné, quelques jours plus tard, ils n’y étaient plus ».

Le 30 mars 2019, les familles des victimes ont été alertées par la découverte d’un corps sans vie d’un homme dans la rivière Ruvubu. C’était sur la colline de Gasunu, dans la commune de Gitega. Mais le cadavre a été vite enterré sur l’ordre de l’administration locale, sans l’identification. Mercredi 10 avril 2019. Un autre cadavre a été découvert dans la même rivière. Cette fois-ci, sur la colline de Mirama. Sans autopsie ni identification, il a également été inhumé. Ces deux découvertes macabres ont accru l’incertitude. Ainsi, on se demande si ce n’était pas les corps des victimes.

Les cas de Térence, Olivier et Dieudonné ne sont pas isolés. En février 2019, le régime burundais a reconnu le parti d’opposition d’Agathon Rwasa, le Congrès national pour la liberté (CNL). Ce qui a été vu comme un signe d’ouverture de l’espace politique, verrouillé depuis l’éclatement de la crise de 2015. Mais depuis lors, de nombreux membres de ce parti font l’objet d’une répression violente : emprisonnements, enlèvements, assassinats, destructions de permanences, fausses accusations, etc. Selon le CNL, aujourd’hui, plus de 200 de ses membres croupissent en prisons et plus de 100 permanences ont été détruites ou dégradées.

Faut-il rappeler enfin que le leader de ce parti, Agathon Rwasa, est considéré comme le principal rival du candidat du CNDD-FDD, le général Evariste Ndayishimiye, pour le scrutin présidentiel du 20 mai 2020.

*Les noms ont été modifiés

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