Burundi-Covid19 : arrêtons les spéculations !

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Depuis l’explosion du nouveau coronavirus en décembre 2019, certains exilés burundais et certaines autorités ne cessent de s’affronter sur les réseaux sociaux. Les premiers accusent le régime de ne pas faire son maximum pour prévenir à temps. Pour les secondes, ces exilés veulent « comme d’habitude » saboter les efforts du gouvernement. Certes, cet affrontement risque d’impacter négativement la lutte contre la pandémie.

Ce comportement n’est pas nouveau. Il date de 2015, l’année où s’est ouverte la crise due au 3ème mandat du président Pierre Nkurunziza. Il ne cesse de se renforcer au fil des mois, des années. Tenez par exemple : aujourd’hui, chaque partie [opposition-régime] considère toujours son opinion comme la plus importante. Et essaie d’imposer ses propres règles du jeu. C’est ce dont nous sommes aussi témoins en cette période de panique mondiale.

Donneurs de leçons !

Ils existent dans les deux camps. D’abord chez certains exilés. Evoluant avec la dynamique internationale, ils n’arrêtent de critiquer les autorités burundaises, les qualifiant d’« irresponsables », de « médiocres ». Selon eux, elles « n’assument pas pleinement » leurs responsabilités dans la lutte contre le coronavirus. On peut le lire dans des tweets de l’activiste, Armel Niyongere, président de l’ONG de lutte contre la torture (ACAT-Burundi). Parallèlement, d’autres exilés continuent de véhiculer de fausses informations.

Cependant, face à une pandémie qui a déjà fait presque 31.000 morts et près de 700.000 cas de contaminations dans le monde, le Burundi n’a évidemment pas besoin de redresseurs de torts. Plutôt, de ceux qui l’aident à s’en sortir. Parmi les exilés et membres de la diaspora, il y a de grands techniciens, de grands médecins. Au lieu de dénigrer les institutions ou de les sentimentaliser, via les réseaux sociaux, ils peuvent se rendre utiles d’une autre façon. Exempli gratia, produire une étude dans laquelle ils montrent ce qui pourrait être fait dans l’immédiat pour aider le Burundi. Ce document mettrait aussi en exergue les résultats attendus…

Même problème chez les autorités

Certaines, au lieu de faire face au coronavirus, se posent aussi en donneurs de leçons ou font une gestion émotionnelle voire politique de la situation. Prenons un exemple : en date du 26 mars 2020, le gouvernement tanzanien a annoncé un 13ème cas de la maladie sur son territoire. Il s’agissait d’un camionneur faisant la navette entre la Tanzanie, la RD Congo et le Burundi. En provenance du Congo, celui-ci était passé par le Burundi. Ce qui y a fait craindre le risque d’explosion de la pandémie.

La première radio internationale à annoncer l’information était la BBC. Ainsi paradoxalement, Willy Nyamitwe, Conseiller à la présidence, accusera la chaine britannique d’avoir « manipulé l’information ». Et il sera soutenu par l’Ambassadeur du Burundi en Tanzanie, Gervais Abayeho, qui, lui, ira jusqu’à exiger de la radio des excuses.

Mais, quelques minutes plus tard, Willy Nyamitwe fera marche en arrière. Il reconnaitra, dans un autre tweet, que « le gouvernement burundais mène déjà une enquête pour identifier cette personne afin de connaitre si des personnes sur le sol burundais auraient eu un contact avec elle et quand » (sic).

Après l’enquête, le ministre de la santé, Dr Thaddée Ndikumana, a annoncé que le camionneur n’était pas Burundais, sans rien ajouter de plus. En fait, cette déclaration n’a pas répondu à la principale préoccupation des médias. Ils souhaitaient tout simplement savoir si oui ou non la victime avait été en contact avec des citoyens burundais, ainsi que des mesures prises.

L’alerte d’un hôpital suscite la colère

Le 27 mars 2020, l’hôpital de référence KIRA de Bujumbura adresse une correspondance au ministre de la santé. Il déclare avoir reçu, depuis 3 semaines, des cas suspects de Covid-19, et demande d’urgence des réactifs de dépistage.

L’alerte suscitera une colère chez des officiels et soutiens du régime. Parmi eux, le Médecin chef de District sanitaire Nord de la ville de Bujumbura, Dr Benjamin Ndagijimana. Ils qualifieront le responsable de l’hôpital de « détracteur » qui mérite d’« être sanctionné ».

Cependant, certains Burundais y voient un signe de bravoure. Il a osé parler à haute voix ce que d’autres responsables d’hôpitaux disent tout bas, déclareront-ils. L’acharnement des autorités contre ce responsable laisse à penser que le Burundi risque de se retrouver dans le scénario chinois.

Que s’est-il passé en Chine ?

En décembre 2019, sept médecins avaient voulu alerter leurs collègues et les autorités de l’apparition d’un virus très dangereux. Mais le lendemain, ils ont tous été arrêtés, menacés et forcés de signer une lettre dans laquelle ils s’engageaient à ne pas diffuser ce que le gouvernement qualifiait de « rumeurs ». Cette erreur a coûté à l’empire du milieu plus de 9000 morts en deux mois.

Comme le dit le grand historien des religions Jean Delumeau dans « La Peur en Occident », partout dans le monde, quand une épidémie explose, les dirigeants des pays ont tendance à dénier les faits. Ils se trouvent des justifications comme : on voulait éviter la panique dans la population, on voulait protéger l’économie, etc. L’historien qualifie cela de « déni ». Il en résulte d’autres effets comme les rumeurs, la recherche de fautifs, etc.

Enfin bref, pour éviter de tomber dans ce genre de piège, les autorités burundaises doivent écouter les techniciens, les laisser s’exprimer. La population est également tenue de davantage respecter les mesures prises. Quoi qu’il en soit, le pire est encore évitable dans cette nation des Grands Lacs. Oui, c’est possible. Surtout si les autorités restent sereines et réalistes. Oui, c’est possible, si elles contrôlent la situation. C’est possible, si elles acceptent de regarder la situation en face.

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