Trois cas de Covid-19 : ça devrait tout changer !

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Malgré l’annonce des premiers cas au Burundi, les écoles continuent comme si de rien n’était, les bus transportent les mêmes effectifs qu’avant, les rassemblements (religieux, sportifs, politiques, commerciaux, …) ne sont toujours pas interdits. Or, dans d’autres pays, c’est cela qui a permis de diffuser très « rapidement » le virus.

Pour le gouvernement burundais, c’est hors de question de « semer la panique ». Même le port de masques à protection n’est réservé qu’aux personnes déjà infectées ou le personnel soignant seulement. Donc, « la situation est sous contrôle », rassure-t-il.

Suite à cela, certains citoyens et certaines autorités ont développé un type de langage plutôt moins prudent et étonnant : « trois cas c’est très peu, ce n’est rien, ce n’est pas alarmant, … ». Apparemment, la situation ne leur fait pas du tout peur. Et ce, malgré sa gravité.

Ne nous leurrons pas !

Persister à minimiser le Covid-19 est une grande erreur. On voit, ailleurs, la vitesse avec laquelle il se propage, et les dégâts qu’il cause. Le Burundi, pays où la mortalité est déjà très forte, ne peut pas faire une exception.

La mairie de Bujumbura où les trois premiers cas ont été détectés, a une population, à majorité, jeune. Celle-ci peut être résistante. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il sera difficile de prévoir le rythme de progression de la maladie, le temps que ça prendra, et le nombre de victimes au total.

En réalité, le nouveau coronavirus progresse très rapidement. Le fait qu’aujourd’hui le Burundi a seulement 3 cas, n’empêcherait pas que, dans un ou deux mois, il puisse se retrouver avec des milliers de patients. On en a été témoins dans plusieurs pays de l’occident et de l’Asie, plus puissants que cette nation des Grands Lacs.

Verbi gratia, le 21 janvier 2020, les États-Unis n’avaient qu’un seul cas confirmé. Mais dans moins de 3 mois, les chiffres ont rebondi. Jusqu’au 4 avril, cette première puissance s’est retrouvée avec le nombre de cas le plus élevé sur la planète : 300 000 contaminations et plus de 7400 morts. D’après des experts, elle est en passe de devenir l’épicentre de la pandémie.

Prenons un autre exemple. Le 31 janvier 2020, l’Espagne avait aussi un seul cas : un touriste allemand. Pourtant, le 4 avril, on y dénombrait déjà près de 123 000 cas testés positifs et plus de 11 700 décès.

Tous ces pays ont un système de santé très avancé qu’au Burundi. Le problème principal pour eux, est qu’ils ont très peu testé les gens, faute de réactifs. Donc, on ne sait pas qui a été atteint, qui est porteur du virus, qui est immunisé, etc. A cela s’ajoute le manque de matériel. Or, pour des cas graves, il faut des respirateurs artificiels, des équipements lourds. Ce qui fait qu’il y a parfois engorgement des services. Et, des gens « très vieux » meurent faute de soins rapides.

Au Burundi évidemment, ce sera encore plus difficile d’identifier tous les porteurs et de les soigner. C’est-à-dire que les dégâts peuvent y être aussi énormes. Ce pays a combien de respirateurs par exemple ?

Un autre problème. Les hôpitaux, bien qu’ils affirment constater souvent des cas suspects, n’ont pas le droit de dépister le nouveau coronavirus. Il y a quelques jours, un hôpital de référence (à Bujumbura) a demandé au ministère de la santé des réactifs de dépistage. Mais à la surprise de tout le monde, le ministre lui a répondu par la négative.

Arrêter les rassemblements !

Dans certains pays comme la France, les rassemblements ont joué un rôle clé dans la diffusion du Covid-19. Faut-il rappeler que dans un rassemblement, les gens sont collés les uns aux autres. En plus, ils transpirent, s’embrassent, toussent et éternuent, des éléments nécessaires à une propagation massive et rapide.

Au Burundi, les regroupements sont faciles à interdire. Et, il n’y aurait pas de graves conséquences.

Seule est « impossible » à arrêter la vie de tous les jours pour des millions de Burundais, dans la promiscuité (un seul robinet et une seule toilette pour des dizaines de personnes) et la nécessité vitale de sortir chaque jour pour chercher à manger. C’est logique.

Certains administratifs locaux comprennent l’ampleur du problème. Mais le gouvernement ne leur permet pas de prendre des mesures. Par exemple, le 2 avril 2020, l’administrateur de la commune de Kayanza avait interdit la tenue des réunions publiques dans sa circonscription, dans le but de protéger la population. Cependant, il a été contraint de revenir sur sa décision, deux jours plus tard. Dans un nouveau communiqué, Jean Marie Manirakiza se contente seulement d’inviter ses dirigés à « respecter les mesures de prévention prises par les responsables sanitaires ».

Ces responsables mettent en avant le principe de lavage des mains. Pourtant, à lui seul, il n’est pas du tout suffisant. L’explication est simple. Si quelqu’un est porteur du virus, l’hygiène ne sert pas grand-chose. Il peut toujours répandre la maladie. Il est donc extrêmement important de limiter les contacts, d’éviter toute promiscuité. D’où la nécessité d’interdire les rassemblements.

Des jeunes immunisés ?

Une croyance selon laquelle les jeunes ne peuvent pas être touchés par le covid-19 continue de se répandre au Burundi. Elle est erronée. Les jeunes sont atteints comme les vieux. Seulement, ils peuvent mieux résister. C’est normal car leur système immunitaire est plus fort. Par exemple en Belgique, sur 1000 morts, 420 ont plus de 85 ans, 340 plus de 75 et 150 plus de 65.

Mais, un tel avantage n’empêche que ces jeunes transmettent le virus. En ce cas, on les appelle des « porteurs sains ».

Un porteur sain, est celui dont l’organisme est infecté mais qui ne présente pas de signes cliniques de l’infection. On dit qu’il est « asymptomatique ». Comme déjà évoqué plus haut, un porteur sain est tout de même touché par la maladie. Ainsi, il peut la transmettre à d’autres personnes avec qui il est en contact.

Ce n’est donc pas le moment de badiner avec le Covid-19. Comme le dit Thomas Vallade, le cadre de santé en France, « il est à prendre au sérieux » car « il ne trie pas ses victimes ». Inutile de revenir sur les grandes personnalités, dans le monde, qui en sont mortes ou ont été testées positives.

Dans le cas du Burundi, la confirmation, le 31 mars 2020, des trois cas devrait éveiller la conscience des autorités. Elle devrait tout changer. On sait que des millions de vies sont en danger. Beaucoup de Burundais risquent de perdre leur emploi. Bref, mieux vaut s’activer avant qu’il ne soit trop tard.

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