Campagne électorale : quand le maire se rabat sur les taxi-vélos et les motards

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Alors que le CNDD-FDD semble avoir des difficultés électorales dans la capitale économique, le maire de la ville, Freddy Mbonimpa, membre de ce parti, tente une solution qui n’est pas facile : convaincre l’électorat composé des conducteurs de vélos et motards en leur autorisant de circuler librement dans les communes urbaines, ce qu’il leur avait refusé depuis 4 ans.

Mbonimpa avait, à plusieurs reprises, indiqué qu’aucun conducteur de vélo ou de moto n’était plus autorisé à fouler le centre-ville. Il évoquait des raisons principalement liées à l’insécurité, au désordre et aux accidents de roulage. Pourtant, quatre ans après, il vient de se dédire de sa décision…

Campagne sur vélos

Le 4 mai 2020, dans la matinée. Cependant que la campagne électorale bat son plein dans les provinces, un groupe de messieurs, chics, bien habillés, … se déploient dans la capitale économique, Bujumbura, sur des vélos. Certains, en uniformes du parti dominant, le CNDD-FDD, et en compagnie de leurs gardes. Parmi eux, le maire de la ville, le conseiller chargé de la communication à la présidence, Willy Nyamitwe, et le représentant du parti en mairie, Dr Benjamin. Quelques motards, conducteurs de vélos et piétons suivent le groupe. Ils avancent en scandant des slogans du parti, appelant les gens à voter pour leur candidat : le général Evariste Ndayishimiye (Neva).

C’est à cette occasion que le maire Mbonimpa fait une série d’annonces. Par exemple, les conducteurs de vélos et de motos sont désormais autorisés à traverser les ponts sur les routes menant vers le centre-ville (commune de Mukaza). Une autre nouvelle, les tricycles communément appelés « tuk-tuk » peuvent travailler jusqu’à 21 heures. En décidant ainsi, l’officier municipal espère gagner la confiance de cette catégorie qui, au temps passé, était fortement visible dans des meetings et rassemblements du parti hégémonique, mais aujourd’hui, affiche, à l’égard de lui, une indifférence croissante.

A quoi est dû ce manque d’intérêt ?

Tout commence en février 2016. Le maire de Bujumbura annonce sur les ondes que « désormais, la circulation des taxi-motards est défendue dans la commune de Mukaza ». Il justifie cette décision par son intention de « contenir une vague d’attaques à la grenade » se produisant dans cette circonscription. D’une pierre deux coups. Les taxi-vélos sont aussi visés. Ils n’auront plus droit de traverser les ponts en direction de Mukaza. Ils devront donc rester dans des quartiers périphériques. En dernier lieu, chacun devra porter un gilet qui coûte 13 000 Fbu, et payer, chaque jour, 2 000 Fbu pour stationnement.

C’est ainsi que commence leur longue épreuve. Tracasseries policières presque quotidiennes : arrestations, coups de bâton, saisies des vélos, versement de lourdes amendes, etc. « Depuis 2017, des policiers m’ont pris deux vélos. Quand je suis allé les chercher à la police, on m’a dit qu’ils ne s’y trouvaient pas. J’ai dû les abandonner », confie Elie*. Son copain Emmanuel*, dit avoir payé cher pour récupérer son vélo. « J’ai dû verser un montant de 50 000 Fbu. On ne m’a même pas donné de quittance ». Ce n’est tout : « Il y a quatre mois, des policiers m’ont accusé d’avoir pénétré dans l’espace interdit. Ils m’ont obligé de mettre mes mains en l’air. Puis, ont fouillé mes poches. Ils ont pris tout mon argent. On se croirait dans la jungle ! ».

L’usage excessif de la force

Il arrive des cas où des agents de sécurité ouvrent le feu sur des conducteurs de vélos ou des motards. A balle réelle. Considérons par exemple le cas de 2019. Un policier a tué un taxi-vélo dans des circonstances controversées. Et étonnamment, la mairie et la police ne sont intervenues qu’en faveur de l’auteur. Ainsi donc, l’indifférence observée chez ces jeunes à l’égard du CNDD-FDD relèverait peut-être d’un cumul de frustrations.

Un reporter d’Ivomo a rencontré certains d’entre eux dans la commune de Mukaza. Ils ne décolèrent pas. « C’est maintenant que le maire de la ville pense à nous ? Nous avons été malmenés pendant 4 ans. On a tiré sur nous mais il ne nous a jamais protégés. Au contraire, il nous a empêchés de travailler librement. Et aujourd’hui, il fait semblant de nous aimer. Il se moque de nous ! hein ! », se révolte un d’eux. « Je trouve qu’il veut nous inciter à voter pour son parti. Il ne cherche que nos voix. Et je crains qu’après les élections, il va recommencer la même chose », ajoute-t-il. Et de renchérir : « je pense que cette autorité essaie de manipuler ».

Depuis l’éclatement de la crise de 2015, l’ONU et les organisations internationales des droits de l’homme pointent du doigt les forces de l’ordre burundaises dans différentes exactions « commises en toute impunité ». Elles ont toujours exigé des enquêtes indépendantes. Selon Human Rights Watch, par exemple, « les forces de sécurité burundaises ont la responsabilité de défendre les citoyens contre la violence » mais que « cela ne leur donne pas le droit de tuer les personnes appréhendées ».

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