Covid-19 : quand la presse burundaise s’autocensure !

Actualités

Depuis jeudi, une information sur le Burundi fait la une des médias au Kenya : la première dame, Denise Nkurunziza, y aurait été évacuée et recevrait des soins liés à la Covid-19. Mais malgré beaucoup d’interrogations, aucun organe de presse basé au Burundi n’en parle.

L’information a été diffusée pour la première fois par Citizen TV, une des principales chaines de télévision privées kenyanes. C’était le 28 mai 2020. Selon elle, la première dame burundaise « a été évacuée, dans la nuit de mercredi à jeudi, vers le Kenya pour se faire soigner ».

Le lendemain, d’autres médias de ce pays s’acharnent au sujet. Cependant que les autorités burundaises affirment que Denise Nkurunziza s’y est rendue pour de « l’imagerie médicale en lien avec un ulcère », ces organes de presse indiquent, a contrario, qu’elle et ses trois gardes, évacués à bord d’un avion-ambulance Pilatus de l’ONG Amref, ont tous été « testés positifs au coronavirus » et qu’ils « reçoivent des soins dans un hôpital à Nairobi ».

Silence-radio au Burundi

C’est donc le black-out dans les médias basés au pays, sur le sujet. Est-ce parce que les journalistes burundais n’en sont pas au courant ? Niet. Bien au contraire, ils suivent de près l’évolution de la situation. Chaque seconde. Ils restent connectés sur internet. Fouillent les réseaux sociaux : WhatsApp, Facebook… Bref, l’information se partage largement dans les coulisses.

Qu’est-ce qui explique ce silence médiatique ? Tout laisse à penser qu’il s’agit d’une autocensure. Ce terme fait référence à une « censure que l’on s’applique à soi-même, par pudeur ou, préventivement, pour éviter la censure étatique ». Il peut aussi s’expliquer par « la crainte de représailles, de la perte d’un avantage, d’une action en justice, … de la part d’un Etat ou d’une autre institution ». Sa conséquence est le développement du « politiquement correct » ou « politically correct » : une attitude qui consiste à éviter tout ce qui pourrait offenser certaines catégories.

Depuis l’éclatement de la crise de 2015, la liberté d’expression est en régression au Burundi. Par exemple, selon le classement mondial de la liberté de la presse fait par Reporters sans frontières (RSF), ce pays a reculé d’une place cette année, par rapport aux deux dernières années. Il est au 160ème rang sur 180 pays, alors qu’en 2019 et 2018, il en était au 159ème.

Il faut préciser que les principales stations de radio privées ainsi que les chaines internationales (BBC et VOA) ont été fermées, des dizaines de journalistes contraints à l’exil. Ceux qui sont restés au pays travaillent timidement, car beaucoup surveillés. Un simple exemple concerne la façon dont ils font actuellement la couverture liée à la pandémie du coronavirus. Ils ne se contentent que des versions officielles.  

Enfin bref, les autorités devraient comprendre que plus elles verrouillent l’espace médiatique, plus les rumeurs et fake news se multiplient, et deviennent incontrôlables. Ce qui risque de nuire à la sécurité nationale.  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.