Pays du tambour : un bel avenir économique ?

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Promotion du « made in Burundi », renforcement des transports par voies maritime et ferrée, infrastructures routières, extraction de minerais, construction de barrages, …C’est entre autres grands chantiers auxquels le nouveau gouvernement s’attèle déjà pour relancer l’économie du pays meurtri par 5 ans de crise.

Le Burundi, nation des Grands-Lacs d’Afrique, est en train de sortir peu à peu de la grave crise politico-sécuritaire ouverte en 2015. Celle-ci [la crise] a été lourde de conséquences. Elle a davantage fragilisé l’économie déjà mal-en-point, a intensifié la pauvreté et fait exploser le chômage.

Le septennat Neva sera-t-il celui de prise de conscience de l’urgence économique ? Certainement. Un des slogans du chef de l’Etat le prouve : « Chaque bouche doit trouver à manger. Chaque poche doit avoir de l’argent ». Il ne cache pas ses vœux de relancer l’économie burundaise, d’incarner un nouvel espoir.

C’est d’ailleurs dans cette logique qu’il a préféré faire son premier déplacement, le samedi 19 septembre 2020, vers la Tanzanie, pays, selon lui, « ami de longue date », et par lequel plus de 95 % d’importations burundaises transitent. Ainsi donc, quelques activités retiennent l’attention :

Accélération de l’ouverture maritime

En vue de contribuer au désenclavement du Burundi, deux projets gigantesques sont en cours d’exécution sur le lac Tanganyika. Le premier vise à développer cette voie, jusqu’ici moins empruntée. Il a bénéficié le financement de 50 milliards francs burundais, accordés par la BAD [Banque Africaine de Développement].

Plus précisément, les autorités ont l’intention de moderniser le port principal avec pour finalité d’améliorer la connectivité régionale et d’attirer les convoitises étrangères.

Selon des experts, deux principaux éléments empêchaient ce port de constituer un atout remarquable pour le Burundi : infrastructures vétustes et sa petite taille. Conséquence, les navires sont obligés de passer énormément de temps lors du chargement ou déchargement de la cargaison. Par exemple, il faut au minimum 24 heures pour décharger un bateau transportant 1000 tonnes. Le peu de machines de levage et de manutention utilisées datent de l’époque coloniale belge.

Le projet qui durera jusqu’en 2024 vient donc remédier à tout cela. Il comprend plusieurs volets : réhabilitation du port et voies d’accès, facilitation du transport et commerce maritime, appui institutionnel, renforcement des capacités, etc.

Un chantier naval !

Vous seriez-vous imaginés qu’un jour le Burundi pourrait-il lancer un atelier de construction et de réparation des bateaux sur son sol ? C’est du moins le second projet envisagé sur le Tanganyika, dans le cadre de la coopération burundo-japonaise. Il sera exécuté jusqu’en 2022.

Le Japon a engagé 25 millions de dollars. Ce qui, selon les autorités burundaises, illustre le dynamisme des relations économiques entre les deux pays. Que savons-nous de plus ? Plusieurs types de bateaux vont être construits : de pêche, de commerce, de transport, de plaisance, etc. De surcroît, des opérateurs régionaux et internationaux pourront s’en approvisionner au Burundi. 

Enclavée, la nation des Grands-Lacs dépendait jusqu’à présent, en grande partie, des corridors central et nord la liant aux pays de l’EAC [Tanzanie, Rwanda, Ouganda] par voies routières. Or celles-ci sont très longues et couteuses. Exemple : de Dar-Es-Salam à Bujumbura, un camion parcourt près de 1600 km. A cela, s’ajoute divers problèmes d’insécurité.

L’heure du « made in Burundi »

Elle a sonné. L’Etat a mis en place une Zone économique spéciale (ZESB). C’est une zone territoriale déterminée géographiquement, régie par une réglementation économique spécifique différente de celle observée sur le reste du territoire. Dotée de plusieurs avantages fiscaux, elle a pour but d’attirer les investisseurs [locaux, régionaux, internationaux] afin de relancer et booster l’économie. Elle est située sur la colline de Warubondo, commune de Mutimbuzi, en province de Bujumbura.

Depuis son indépendance, le pays du tambour a connu une série de crises, de massacres interethniques et de coups d’Etat. Cette histoire mouvementée, on l’a déjà dit, a ruiné son économie. Et alors qu’à partir de 2005, il [Burundi] s’efforçait de renaître de ses cendres, la décision de feu président Pierre Nkurunziza de briguer une troisième candidature [fin avril 2015], jugée « illégale » par une partie des Burundais, a, une nouvelle fois, fait basculer la situation, plongeant l’économie dans une récession.

Les statistiques de la Banque mondiale résument tout. En 2005, quand Nkurunziza accède au pouvoir, 65 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais 15 ans plus tard, ce chiffre rebondit jusqu’à 75 %.

Avec la zone économique spéciale, la tendance va s’inverser. Beaucoup d’entreprises vont émerger. La balance commerciale va s’équilibrer. Et des jeunes chômeurs vont trouver de l’emploi. Bien évidemment, toutes les marchandises produites dans ce cadre porteront la marque « made in Burundi ». Ce qui permettra aux Burundais d’exporter, de façon abondante, leurs propres produits.

Il faut retenir que l’Etat souhaite créer de la valeur sur son sol. L’objectif réel est de favoriser l’industrialisation et la transformation locale.

Bientôt, une voie ferrée

Elle va relier la Tanzanie au Burundi, à la RDC et au Rwanda. Les travaux de sa construction sont en cours. Ils ont été lancés par le chef de l’Etat tanzanien, John Pombe Magufuli, il y a quelques mois. La voie va transiter par la commune de Musongati dans la province de Rutana, à l’est du Burundi. Le coût global du projet est estimé à 7,5 milliards de dollars.

Pourquoi Musongati ? C’est là que se trouve certaines des plus grandes réserves en nickel [et autres minerais associés] du monde. D’après le ministère burundais de l’énergie, le site compterait plus de 150 millions de tonnes de ce métal, une quantité dont l’exploitation prendrait 50 ans. Le nickel est indispensable pour le travail des industries. Celles-ci s’en servent pour fabriquer des objets inoxydables.

Une fois l’extraction lancée, le Burundi aura besoin de la voie ferrée, car sûre, pour transporter les matières premières soit vers ses capitales, politique et économique, soit vers l’étranger. En outre, elle permettra aux Burundais et aux ressortissants des pays voisins de se déplacer de façon rapide.

Enfin bref

Au regard de ces projets [pas exhaustifs], il est clair que le Burundi est, seulement, à quelques encablures d’un avenir sûr. Il va vers une ouverture jamais connue depuis son accession à l’indépendance. Néanmoins, tout dépendra de la capacité et la volonté des dirigeants à mener ces projets de front. Voici d’autres éléments qui pourraient les aider à aller plus loin : développer davantage les relations avec les institutions internationales, acquérir des capacités professionnelles leur permettant de faire face aux changements technologiques, stimuler de manière intensive des entreprises start-ups, développer le digital, etc.

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